Le neuvième homme

De par sa petite taille et ses proportions disgracieuses, on avait accusé le neuvième homme de sorcier.
On l’avait laissé pour mort, lorsqu’il fut brûlé vif sur le bûcher. Le spectacle avait été saisissant.
Sa peau se dilata d’abord dans la fournaise. Elle s’étira en une multitude de petites cloques qui éclatèrent sous la pression. Le sang de la souffrance se déversa dans les braises écarlates. Quand la peau disparut, l’on pouvait ensuite voir les veines, les artères, les muscles, le réseau nerveux et toutes les fibres qui s’étendaient de la tête au pied. Le neuvième homme souffrit le martyre. Le seul fait de se ressentir lança une douleur indescriptible dans toutes les cellules de son corps. Il s’assécha. Il brûla. Il mourut.
Puis le feu s’empara de ses os, les rongeant jusqu’aux derniers. La moelle bouillit dans sa colonne vertébrale. Cette dernière se disloqua en autant de vertèbres. La tête retomba alors au centre du foyer.
Par ses orifices en sortit ce qu’il restait de la cervelle.
Le neuvième homme avait brûlé. Par-delà quinze lieux, on pouvait voir la colonne de fumée qui se dressait et teintait le soleil d’un rouge aussi foncé que le cœur des hommes en des jours sombres.
Le neuvième homme s’était accroché à la vie, il avait bataillé de toute son âme pour résister au feu. Il avait eu l’espoir et la volonté de vivre.
Un espoir si farouche qu’il avait réussi à en imprégner les flammes elles-mêmes. C’était lui qui avait consumé le feu.
On dit que depuis ce jour, à chaque fois que naît l’espoir dans le cœur des hommes, ce n’est rien d’autre que la flamme du neuvième homme qui apporte chaleur, réconfort et qui éclaire d’espoir les chemins de l’impossible.

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Les générations oubliées