Le onzième homme

Le onzième homme n’avait jamais existé, ou du moins il n’existait pas vraiment, plus vraiment.
Sa disparition remontait déjà à neuf générations. Il s’était trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.
Il y avait eu ce jour-là un alignement exceptionnel des vingt-quatre planètes du système solaire. L’alignement avait eu pour effet de déséquilibrer la stabilité du soleil, qui était alors entré en éruption. Celui-ci avait englouti la première planète du système et avait engendré des perturbations magnétiques si fortes qu’en certains endroits de l’espace-temps, de minuscules trous noirs s’étaient créés.
Lorsque les perturbations atteignirent la planète, le onzième homme fut entraîné par surprise.
Il fut projeté dans un labyrinthe sans entrées ni sorties. Sa structure moléculaire avait été totalement désintégrée dans un minuscule trou noir.
Depuis, il errait d’une dimension à l’autre, cherchant vaguement un plan d’existence ou se matérialiser.
Il n’était devenu que partie de lui-même, dispersé, fragmenté dans le néant.
La réalité avait eu raison de lui. Quelques dimensions repliées sur elles-mêmes avaient déformé son corps : il avait pris l’aspect d’un cadre irisé.
Le vide y était peint.
Dès lors, il n’apparaîtrait plus que sous forme d’ondes ; cherchant à s’exprimer, il serait à l’origine des mystérieuses aurores boréales, arc-en-ciel de la nuit.

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Les générations oubliées