Le sixième homme

Le sixième de tous les hommes était né d’un son. C’était un son rare produit par le frottement de deux plaques tectoniques. Une vibration d’une prodigieuse puissance qui avait libéré le plus étrange des êtres.
Il était presque immatériel, formé d’une corde raide, tendue on ne sait trop comment.
Il connaissait le secret des harmonies et oscillait à la façon d’un métronome ou plutôt d’une balance, toujours en quête d’une nouvelle mélodie à écrire.
Son rôle était devenu indispensable, car les oiseaux eux-mêmes venaient s’accorder sur ses tons et demi-tons. Tous les hommes admiraient ses chants, ses symphonies, ses sonnets et toute la gamme de ses talents.
Mais il lui restait à écrire son dernier chef-d’œuvre pour que la totalité des sons soient répertoriés dans l’inventaire de sa corde unique.
Après trois générations de travail intense il l’avait achevé. Il convoqua tous les hommes pour son concert le plus prestigieux.
Le requiem du silence ne connut malheureusement pas le succès escompté. Les hommes n’étaient pas prêts à entendre, à ressentir toutes les fines subtilités des différents silences qu’il avait écrits.
Mais au fond de lui il savait qu’il avait accompli la plus dure, la plus complexe et la plus pure de toutes ses œuvres.

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Les générations oubliées